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Plus jamais ça

« Ce qui s’est passé » ne « doit plus jamais advenir », a déclaré, dimanche 30 avril, Emmanuel Macron après une visite au Mémorial de la Shoah, où il a rendu hommage « à toutes ces vies fauchées par les extrêmes, par la barbarie ».

Le Monde (audio du discours)

Être libéral, qu’est-ce que cela veut dire ? Nous avons vu que les libéraux sont ceux qui prennent au sérieux le Droit. Ce sont ceux qui prennent au sérieux l’identité des droits de tous les êtres humains.

Mais les libéraux sont aussi ceux qui prennent au sérieux le plus jamais ça exprimé après le génocide des juifs du XXe siècle, commis sous l’autorité de l’État national-socialiste allemand. La Shoah est l’exemple le plus emblématique, le plus clair, le plus flagrant de la violence étatique absurde, arbitraire, irrationnelle. Mais ce n’est malheureusement pas le seul. Il y a eu d’autres génocides, tels que par exemple celui des Ukrainiens commis sous l’autorité de l’État socialiste russe. Dans les deux cas, ce sont des chiffres qui dépassent l’entendement : l’équivalent de la population helvétique rayée de la carte.

Au total, on estime que 260 millions de personnes ont été assassinées « par des États » au XXe siècle — autrement dit : assassinées légalement, par d’autres personnes agissant sous couvert de l’institution « État ». Il faudrait ajouter à ce nombre déjà inconcevable les millions de conscrits morts au combat, soit les personnes contraintes à être tuées par d’autres personnes contraintes de les tuer.

Quelles institutions pour défendre le Droit ?

Macron n’est pas libéral — il soutien notamment la conscription que nous venons d’évoquer — il est étatiste. Or ce ne sont pas les « extrêmes » qui ont fauché qui que ce soit (pas plus que les angles droits) : ce sont des personnes organisées en États.

Ce qui rend possible l’extermination d’un grand nombre de personnes, c’est l’existence d’institutions qui fournissent à d’autres personnes l’impunité, « l’autorité », la « légitimité », les moyens — notamment les informations — pour le faire. Ce qui rend possible les génocides, c’est l’existence même d’États, la possession par ces États d’informations sur leurs sujets, et des sujets désarmés.

Comme l’a remarqué à juste titre la juriste Marcela Iacub, si vous ne trouverez pas les mots « chauve » et « chevelu » dans les textes de loi, c’est parce que ces notions ne sont pas pertinentes pour le Droit. Et a contrario, si vous y trouvez des mots qui n’ont aucune pertinence pour le Droit, alors c’est que la loi va contre le Droit, en discriminant de manière injuste entre des personnes qui sont (ou du moins, devraient être) titulaires des mêmes droits. Ainsi, si la loi parle des hommes et des femmes, c’est pour discriminer selon le sexe (respectivement, « le genre »). Si elle parle des blancs et des noirs, des citoyens ou des étrangers, des chrétiens ou des juifs, c’est pour les mêmes raisons — ou du moins, pour pouvoir le fair un jour. Autrement dit : mettre en place des institutions qui font courir un tel risque à l’ensemble de ces personnes, sans leur accord.

Les dangers du désarmement et du fichage

La mort causée par la croyance en l’État — par la superstition que certaines formes d’agression seraient légitimes — part des crimes les plus flagrants aux entorses au Droit les plus bénines (en apparence).

Prenons la Confédération hélvétique, sans doute l’un des États les plus libéraux de la planète. Eh bien notre bel État a décidé il y a peu de rendre obligatoire le recensement. Quand vous entendez obligatoire, il faut penser à Eric Garner, par exemple : citoyen américain, mort étranglé par les FDD de son propre pays (financées donc, avec l’argent de ses propres impôts), pour avoir vendu des cigarettes. Il était en effet « obligatoire » de payer un impôts sur ces cigarettes, et il était « obligatoire » de les vendre par paquets de vingt.

Oui, les libéraux sont aussi et surtout ceux qui prennent au sérieux la règle de sécurité numéro deux.

Ainsi, plus jamais ça, cela veut dire, ne plus jamais avoir une minorité désarmée face au groupe des plus forts (l’État) armés. L’histoire de l’interdiction des armes (notez bien : interdiction des armes à certains, jamais à tous, jamais aux affidés du pouvoir), c’est l’interdiction des armes aux esclaves, aux serfs, aux minorités ethniques, politiques ou religieuses. Personne ne propose jamais par commencer par interdire les armes aux riches et aux puissants, d’interdire en premier les gardes du corps armés aux politiciens, les pistolets aux policiers, les fusils aux soldats.

Le recensement obligatoire, donc, mesure si bénine en apparence. Poutant, rendue obligatoire par l’État, permettant donc à l’État de savoir certaines choses, et de les rendre publiques. Et par État, il faut comprendre personnes, des personnes comme vous et moi, mais avec le pouvoir en plus. Le pouvoir d’obtenir et de faire circuler ces informations, qui seront inévitablement accessibles à d’autres personnes, inévitablement susceptibles d’être volées ou piratées. A vrai dire, simplement, même le fait pour certaines informations d’exister sous forme explicite fait courir un risque aux personnes contraintes de les donner, risque qu’elles n’ont pas choisi.

Exemple historique

Ainsi, prenons la France :

Until the German occupation of France in 1940, no roundup would have been possible because no census listing religions had been held in France since 1874. A German ordinance on 21 September 1940, however, forced Jewish people of the occupied zone to register at a police station or sub-prefectures (sous-préfectures). Nearly 150,000 registered in the department of the Seine, encompassing Paris and its immediate suburbs. Their names and addresses were kept by the French police in the fichier Tulard, a file named after its creator, André Tulard, of Commissariat général aux questions juives (CGQJ) « General Commission to Jewish Affairs », then headed by Xavier Vallat, and housed Place des Petits-Pères, 2nd arrondissement of Paris, in the building of the former Banque Léopold Louis Dreyfus.

En Suisse, l’information du nombre de fidèles d’une croyance religieuse donnée, par commune, existe. On peut la retrouver sur Wikipedia. Prenons par exemple la ville natale de Benjamin Constant :

From the 2000 census, 47,225 people (37.8% of the population) were Roman Catholic, while 33,993 (27.2%) belonged to the Swiss Reformed Church. Of the rest of the population, there were 2,698 members of an Orthodox church (2.16%), there were 65 individuals (0.05%) who belonged to the Christian Catholic Church, and there were 4,437 individuals (3.55%) who belonged to another Christian church. There were 849 individuals (0.68%) who were Jewish, and 7,501 (6.00%) who were Muslim. There were 452 individuals who were Buddhist, 772 individuals who were Hindu and 343 individuals who belonged to another church. 21,080 (16.88%) belonged to no church, were agnostic or atheist, and 7,590 individuals (6.08%) did not answer the question.[30]

Pas très utile pour un éventuel régime (national-)socialiste me direz vous ? Eh bien, prenons alors les informations publiques de la commune où naquît la société du Mont-Pèlerin :

There was 1 individual who was Jewish, and 15 (or about 0.58% of the population) who were Islamic. There were 36 individuals who were Buddhist, 4 individuals who were Hindu and 1 individual who belonged to another church.

Pourquoi donc devrais-je pouvoir savoir tout cela ? Et surtout, en quoi la création de ces informations pourrait-elle donc bien relever d’une tâche régalienne légitime de l’État (de préservation du Droit, comme diraient nos si naifs amis minarchistes) ?

Prendre au sérieux le Droit

En réalité, nous avons là un excellent exemple des violations du Droit et de leur imbrication. Une violation du Droit sans doute mineure (le recensement), fournit des informations à l’État. Cette violation n’est hypothétiquement pas si mineure que cela, dès lors qu’il viendrait à un citoyen l’idée d’y résister jusqu’au bout. Cette violation hypothétiquement mineure peut en permettre une autre : le financement d’une religion d’État, ou plutôt de religions d’État, « légitimé » par ces informations.

Et enfin, elle permet une éventuelle violation encore plus grave, la discrimination sur une base religieuse, au cas où l’envie en viendrait soudain au Prince, à sa discrétion. Et enfin, elle peut même rendre possible la violation la plus dramatique — le génocide.

Bien sûr, une telle perspective, tout comme celle d’une guerre, nous semble complètement absurde — tout comme elle semblait complètement absurde aux Tchécoslovaques ou aux Français en 1939, aux Yougoslaves en 1990, ou même aux juifs allemands en 1924 pendant qu’Hitler croupissait sagement en prison. Même les juifs français qui sont allés s’annoncer aux postes de police sous l’occupation ne devaient sans doute pas en concevoir le véritable danger.

Dire plus jamais ça, c’est comprendre que certains risques ne peuvent pas être pris — et surtout, qu’il ne saurait être acceptable de forcer qui que ce soit à les prendre. Et que ne pas les prendre, cela ne consiste pas à devenir un nazillon prétendument anti-fasciste, ni passer des lois fascistes pour envoyer des papys en prison, ni allumer des bougies ou faire des minutes de silence. Ne pas les prendre, c’est mettre en place un système anti-politique qui les rend impossibles.